Née en 1988, Sophie Del Duca est une musicienne, psychologue et pédagogue belge. Après avoir étudié le piano au Conservatoire Royal de Bruxelles, elle s’est formée au management d’artistes et à la psychologue clinique, ce qui l’a amené à s’interroger sur les processus psychiques qui sont à l’œuvre dans la création. Elle partage aujourd’hui son temps entre la thérapie, le piano et l’enseignement.

Dans une conversation avec Leila Radoni, journaliste et productrice dans le secteur de la musique, elle revisite les choix qui ont marqué son parcours.


Tu as opté pour des orientations successives qui semblent fort éloignées mais sont pourtant complémentaires. Avais-tu déjà en tête l’idée d’un fil rouge entre tes différentes formations ? 

S.D. : Non, les choses se sont dessinées progressivement… déjà en ayant eu la surprise d’être admise au Conservatoire. C’était une expérience merveilleuse : s’immerger dans ses murs, s’ouvrir à la communauté musicale, être là où ça vibre fort en soi. J’ai gardé des liens indéfectibles, des souvenirs très joyeux, mais je sentais que j’irais explorer d’autres champs.

D’autres champs, comme le management d’artistes d’abord ? Qu’est-ce qui t’a amené à l’étudier ?

S.D. : Mes propres nœuds. La brutalité que je ressentais à devoir répondre à des exigences économiques alors que je voulais juste être pleinement immergée dans un processus musical et créatif. S’ouvrir à une vocation artistique implique des vides et des pleins : ces moments où tu es inspirée, en mesure de rassembler de l’énergie, et ces moments plus lents, de maturation des idées. Cela ne colle pas toujours avec l’urgence de la rentabilité !

Oui, et face à ces vides, il y a parfois une souffrance indicible…

S.D. : Exactement. Parce que cela touche l’engagement, qui est une notion qu’on peut décliner sur le plan musical et thérapeutique. C’est en s’engageant à remplir ces vides, par et pour nous-mêmes, que nous sommes le plus disposés à être au monde. Il a fallu quelques années de pratique spirituelle pour que j’intègre l’idée et que je parvienne à l’appliquer…

D’où ton idée de travailler en parallèle l’engagement pianistique et thérapeutique ?

S.D. : Je n’ai pas fait le lien immédiatement, il a d’abord fallu que je me forme à la psychopathologie avec l’intention de mieux cerner la réalité psychique des musiciens, puis à d’autres réalités cliniques. À ce stade, je pensais ne faire usage que de la parole, je n’étais pas encore ouverte à des médiations qui allaient mobiliser l’ensemble de la personne, le rapport au corps, à la nature, à la musique, etc.

Quelle a été ta porte d’entrée dans le champ de la psychologie et où te situes-tu aujourd’hui ?

S.D. : C’est en feuilletant, adolescente, le Complexe du Homard de Françoise Dolto que j’ai décidé d’être analyste. Ça s’annonçait déjà très complexe ! (rires) Au fond, cela a toujours été ma première vocation : la psychanalyse, dans son rapport à l’inconscient, à l’écriture, au langage. On peut dire que je suis passée de Freud à Lacan… à Winnicott et Melanie Klein. Par après, dans le cadre de ma thèse sur les violences conjugales, je me suis ouverte à d’autres approches en thérapie familiale. La pratique du yoga a aussi été une révélation. On apprend à donner ce qui est juste, à s’ouvrir au silence, à travailler la qualité de présence.

Quels ont été les leviers qui t’ont amené à développer la PianoTherapy ?

S.D. : Après avoir eu l’occasion d’enseigner le piano et avoir fait des rencontres fortes, j’ai compris à quel point l’instrument pouvait soutenir le psychisme, au sens où il engage le corps, apaise l’esprit et agit comme un exutoire créatif. Je me suis sentie prête pour ancrer le projet dans la matière et allier mes deux passions.

Maria João Pires a dit : « Au piano, il faut d’abord aider l’élève à être dans son corps, sans prétention d’aucune sorte, simplement être ». Qu’en penses-tu ?

S.D. : Cela résume ma méthodologie. Ici, je vais aider le patient à travailler l’authenticité de ses émotions, par l’écoute clinique d’abord, mais aussi et surtout, par une mise en mouvement autour du piano, qui va révéler ses tensions corporelles, son rapport à la respiration, lesquels vont apporter des informations précieuses sur ses facilités, ses blocages et ses peurs. À partir de là, on peut l’aider à être, puis éventuellement à se dépasser.